10. mai 2026
Allocution de la présidente de l'Alliance des Démocrates du Sahel
Dr Mayra Djibrine, Bruxelles, 9 mai 2026
Mesdames, Messieurs,
Je suis ravie de prendre la parole devant vous en ce jour 9 mai 2026 pour parler de cet
espace cher à nous tous, le Sahel.
Au Sahel, aujourd’hui, les populations civiles sont prises entre deux feux.
D’un côté, des pouvoirs militaires qui oppriment, répriment, enferment, enlèvent,
envoient au front. Tous les moyens possibles et imaginables pour faire taire toute
opposition.
De l’autre, des groupes armés terroristes qui tuent, sèment la terreur, conquièrent des
territoires, étendent leur emprise sur les populations, imposent leurs lois.
C’est pour lutter contre ces derniers, nous a-t-on dit, que les militaires ont confisqué
le pouvoir par la force, en dehors de toute légalité et de toute légitimité.
Mais plus les années passent, plus le terrorisme se renforce, et nos États
s’affaiblissent.
Ce n’est pas moi qui le dis. Ce sont les chiffres.
Selon les données indépendantes, les violences imputables aux groupes jihadistes ont
augmenté chaque année dans les trois pays depuis les coups d’État.
Au Burkina Faso, la majeure partie du territoire échappe à l’autorité de l’État. Plus de
deux millions de personnes déplacées.
Au Niger, mon très cher pays, l’économie s’est contractée de plus de dix pour cent en
deux ans, plusieurs milliers de pertes en vies humaines, civils et militaires, en moins
de trois ans.
Au Mali, après six ans, c’est la capitale Bamako qui est sous blocus des groupes armés
non étatiques. En six ans, le Sahel est devenu l’épicentre du terrorisme mondial.
C’est dire que nous sommes à un moment charnière de notre histoire, où c’est
l’existence même de nos États qui est remise en question.
Tout laisse voir que ces régimes militaires n’ont pas la solution aux défis du Sahel
actuel. Mais pour le reconnaître, il faut un sens élevé de patriotisme. Sens qui fait défaut à
ces généraux assoiffés de pouvoir. Car au lieu de cela, ils ont recours à la
manipulation et à la désinformation. À un populisme hors normes.
Et il est triste de constater que le discours populiste a une telle puissance. Il a réduit
au silence les leaders politiques. Ceux de la société civile. Les leaders traditionnels et
religieux. Tous les leviers classiques qui devraient agir en cas de crise.
Il a ôté leur capacité d’agir aux institutions, à la communauté sous-régionale,
régionale, internationale. Le populisme nous a tétanisés, réduits au silence.
Car oui, les mots sont graves : traîtres, apatrides, esclaves des Blancs, terroristes,
valets locaux. La répression est encore plus grave : des hommes politiques injustement incarcérés.
Des journalistes mis aux arrêts. Des activistes et des lanceurs d’alerte enlevés
nuitamment. Des magistrats radiés. Des disparitions forcées. La justice, qui devrait être le dernier rempart contre tout cela, n’a plus aujourd’hui de levier d’action.
Au Niger, un Président de la République est kidnappé depuis bientôt trois ans. Trois
ans. Pas trois jours. Le Président Mohamed Bazoum subit un traitement dégradant et humiliant. Pour un
homme qui a juste voulu bien faire son travail. Le monde regarde, impuissant face à
l’injustice. Et nous, nous regardons, tétanisés, le Sahel s’écrouler.
C’est dans ce silence imposé, c’est dans cette tétanie collective, d’un sursaut civique,
que l’Alliance des Démocrates du Sahel a vu le jour.
Car il est urgent d’agir. Agir pour sauver ce qui reste. Agir avant qu’il ne soit trop
tard.
Défenseurs de la liberté et de la justice, où que vous soyez, je m’adresse à vous :
l’heure a sonné. Aujourd’hui, plus que jamais, une nouvelle voix s’élève. C’est la voix
de celles et ceux qui ne peuvent plus parler. C’est la voix de celles et ceux qui refusent
le silence. C’est la voix de celles et ceux qui ont fait le choix de résister.
Oui, résister. Refuser la capitulation. Refuser le chaos.
Nous ne partons pas de rien.
Nous sommes les héritiers d’hommes et de femmes de valeur, de cet espace sahélien,
qui ont mis leur savoir, leur amour, leur détermination au service de nos nations
respectives. Ces valeurs léguées sont un patrimoine. Elles doivent nous servir de
boussole pour avancer, résolument, vers un avenir radieux.
Vous me demanderez : que ferez-vous, concrètement ?
J’ai passé des années, au Niger, à m’occuper de personnes que les pouvoirs publics
oubliaient. Des malades mentaux abandonnés. Des communautés laissées sans appui.
Ceux qui traversent des moments difficiles. Et aujourd’hui, plus qu’autrefois, nos
pays, nos populations traversent des moments difficiles.
C’est ce travail-là, cet engagement, dans son esprit, que nous voulons porter avec
l’Alliance.
Nous porterons les voix de ceux qui souffrent en silence, des opprimés, des victimes
d’injustice.
Nous porterons cette parole partout où on voudra l’entendre. Auprès des institutions
internationales, auprès des médias, auprès des opinions publiques.
Nous parlerons à ceux qui ont des leviers d’actions, afin que ces leviers soient activés
pour sortir nos pays de l’impasse.
Et nous resterons proches de celles et ceux qui, à l’intérieur du Sahel, refusent encore.
Les journalistes, les magistrats, les jeunes qui ne se résignent pas. Ce sont eux,
demain, qui rouvriront la voie.
Voilà ce à quoi je m’engage devant vous aujourd’hui.
Souveraineté. Voilà la promesse.
Des avenirs confisqués au nom d’une souveraineté illusoire.
Jeunes du Sahel, c’est à vous que je m’adresse. Parce que c’est votre avenir qui est
confisqué, sous promesse d’une souveraineté hypothétique. S’ils voulaient réellement
rendre nos pays souverains, c’est en vous qu’ils investiraient. Car la souveraineté, ce
n’est pas un slogan. Ce n’est pas du populisme. C’est un projet. Ce sont des actions.
Investir dans l’éducation. Former des ingénieurs, des médecins, des chercheurs, des
scientifiques.
Nos sous-sols sont riches de ressources naturelles. Mais ce sont des ressources
humaines qu’il nous faut pour nous développer. Avoir un capital humain de qualité et
en adéquation avec l’évolution moderne du monde.
Or, c’est exactement le contraire que ces pouvoirs militaires proposent. Isolement,
repli identitaire, anarchie, violence, insécurité, tensions communautaires, injustice…
Nous sommes face à des régimes militaires qui nous poussent à la radicalisation. La
tentation de recourir à la même violence que celle qu’ils utilisent est forte. Mais nous
avons fait le choix de la vertu et des valeurs.
On peut défendre la démocratie avec intransigeance, même dans les conditions les
plus défavorables, sans verser dans la posture ni dans la vengeance.
L’Alliance des Démocrates du Sahel a fait le choix du temps long et de la résistance
adossée à des valeurs de justice, de droit et de dignité humaine.
Elle s’est inspirée de ceux qui, avant elle, ont eu la force d’être justes dans l’injustice,
de dénoncer les mensonges et les crimes qui déshonorent leur propre pays, au risque
d’être traités de traîtres.
Notre voie : lutter sans se mentir, s’engager les yeux ouverts,
tenir l’éthique chevillée au corps même quand l’adversaire s’en dispense.
Le Sahel ne sera en paix que lorsqu’il sera libre, et démocratique. C’est notre
conviction. C’est notre engagement. C’est ce pour quoi, à partir d’aujourd’hui, nous
travaillerons sans relâche.
Ils vous diront, après nous avoir écoutés aujourd’hui, que nous sommes
instrumentalisés. Manipulés. À la solde d’une quelconque puissance.
Je voudrais que vous leur répondiez ceci.
Libres nous sommes.
Des esprits libres nous sommes.
Libres seront nos terres.
Libres seront nos frères et nos sœurs.
Libres seront les personnes injustement incarcérées, enlevées, envoyées
au front.
Libre sera le Président Mohamed Bazoum.Libre sera le Sahel.
Libéré de la dictature et du terrorisme.
